ACTION ET MEDIATION CULTURELLE

Ce sont les faits culturels qui constituent la dimension symbolique de l’histoire, en ce qu’ils donnent aux événements et aux situations sociales de l‘histoire une dimension interprétable dotée d’une signification, et esthétique, dotée d’une forme que l’on peut percevoir et apprécier…/… Le fait culturel s’institutionnalise quand il s’inscrit dans l’espace public et qu’il s’inscrit, dans ces conditions, dans les mêmes espaces et dans les mêmes logiques que les faits institutionnels.

Bernard LAMIZET – Responsable du DESS « Médiation Culturelle » de l’Université d’Avignon et des Pays du Vaucluse.
Professeur émérite à l’Institut d’Etudes Politiques de Lyon.
« La médiation culturelle » édition l’HARMATTAN 1999

Extrait de La médiation culturelle

Pour décrire nos démarches, nous utilisons tout comme les autres acteurs de la culture, des mots et des expressions qui évoluent parfois avec les modes. Les expressions «Action Culturelle» et «Médiation Culturelle» sont omniprésentes dans le sabir propre au milieu culturel. Pour ce qui nous concerne, les concepts d’action culturelle et de médiation culturelle sont ceux auxquels nous avons le plus souvent recours dans les études, les formations, les accompagnements qui nous sont confiés.

C’est pourquoi il faut essayer de les expliquer.

Crédit photo : Fanny Bernard Macabiau

Culture

ce mot polysémique

D’abord, il y a la culture qui est la raison d’être du Cabinet Phôsphoros. Elle se situe au point de rencontre de l’intellectuel et de l’affectif. Elle construit des représentations du monde. Elle effectue des va-et-vient, elle opère une osmose entre le réel et l’imaginaire à travers symboles, idéaux et idéologies.
En France, nous pouvons considérer qu’une culture d’une certaine façon officielle se définit, se constitue et d’une certaine façon s’impose à travers le système éducatif, par la transmission assurée par la famille et par le réseau dense des services et des associations culturelles.

Puis une autre forme de culture s’impose à coté de la première. Il s’agit de la culture de masse qui relève des logiques du marché. Véhiculée notamment par les «mass-médias», elle se développe grâce à sa capacité à répondre dans le cadre de  démarches marketing, aux attentes immédiates de la population ou à créer des besoins nouveaux pour les assouvir aussitôt, le plus souvent par une approche hédoniste.

Entre cette culture ou ces cultures d’une certaine façon officielles et celles que produit le marché, entre l’œuvre issue du besoin d’expression du créateur et le produit conçu pour combler le temps vide par le loisir, existent des frontières parfois hermétiques, parfois tout à fait poreuses.

Culture officielle ou cultures issue du marché, à partir du moment où, à l’aide de financements en partie publics, on soutient un créateur, on enseigne la musique, on crée une médiathèque, on ouvre une galerie d’art, ou on inscrit un festival dans un territoire, on se place dans une logique de politique culturelle. C’est-à-dire qu’au-delà d’un catalogue de livres posés sur des étagères, ou d’un programme de manifestations, on participe à la création d’une communauté d’esprit, on essaie ensemble de se confronter à la beauté ou de mieux comprendre le monde. On tente d’inventer peut-être de nouvelles façons de vivre ensemble. Mais cela ne va pas de soi et la façon de s’engager dans ce parcours initiatique, le parcours à effectuer seront différents de l’un à l’autre.

L’action culturelle est la stratégie d’ensemble qui permet cette démarche globalisante, tandis que la médiation culturelle consiste à établir les passerelles qui permettent à chacun, quel que soit son niveau intellectuel ou sa position sociale de faire ce chemin.

Besoin de conseil
et d’accompagnement pour développer votre projet culturel ?

L’action culturelle

De quoi s’agit-il ? D’une réflexion, d’un discours constitué, d’un ensemble d’actions et de pratiques dont certaines relèvent de l’animation. Cet ensemble constitue un projet argumenté qui peut engager l’Etat, les collectivités, les associations, les acteurs, qui œuvrent dans l’ordre de la culture.

L’objectif de l’action culturelle est qualitativement et quantitativement, la progression de l’art, du monde des idées, de la culture, dans les esprits et dans la société en général, principalement dans les populations pour lesquelles l’accès à la culture est le moins évident. Ces politiques d’action culturelle, mises en œuvre en France depuis les débuts de la Cinquième République ont abouti à des résultats positifs. Il est de mode de les contester globalement. Elles se sont aussi soldées par d’incontestables échecs.

La médiation culturelle

L’expression « médiation culturelle » est entrée dans notre vocabulaire depuis environ 25 ans.

Au plan technique, il s’agit d’une attitude, d’une façon de penser et de favoriser la relation entre d’un côté les œuvres ou les artistes, de l’autre les publics. La médiation s’est imposée dans le monde de la culture, dans celui du tourisme, dans l’environnement, dans les cultures scientifiques et techniques etc. Les premiers médiateurs apparus par exemple dans les bibliothèques et les musées ont parfois été mal accueillis par des personnels souvent persuadés que ce type de mission était superfétatoire. Avec un certain recul, nous constatons pourtant que la création de postes ou de services de médiation a presque toujours entraîné une sensibilisation accrue et une augmentation des publics dans ces secteurs.

Mais il est une raison plus profonde pour laquelle, les consultants du Cabinet Phôsphoros, dans les études qui leurs sont confiées, accordent une grande importance à la médiation culturelle.

En assignant maintenant à la culture mission de favoriser le « vivre ensemble » ou de « recoudre le tissu social », on reconnaît par là que l’objectif de l’action culturelle n’est pas seulement artistique, qu’il est aussi de l’ordre de la médiation culturelle. En effet, en entrant dans la temporalité et dans l’espace des lieux publics de la culture, là où s’expriment les cultures patrimoniales et celles d’aujourd’hui, les publics de la culture, acquièrent de facto une reconnaissance, un statut social. Ceci est essentiel notamment pour les populations les plus marginalisées.

En fréquentant les lieux de culture, ces publics passent de l’individuel au collectif et s’insèrent dans un projet d’organisation des rapports sociaux, un projet politique. C’est ainsi que les opérateurs culturels assument intrinsèquement certes une mission de médiation culturelle, mais surtout apportent au citoyen, un sentiment d’appartenance à sa cité.